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L'environnementalisme libéral plutôt que le bitcoinisme anarcho-capitaliste ou l'écologisme décroissant

Plaidoyer pour une révolution écologique sans recours à la décroissance


Les limites économiques à la vertu écologique de bitcoin


L'idée selon laquelle le bitcoin pourrait avoir des vertus écologiques en remplaçant le système monétaire fiat gagne en popularité au sein de la communauté des bitcoiners. Cette perspective suggère que l'utilisation du bitcoin pourrait potentiellement contribuer à des bénéfices environnementaux par rapport aux systèmes monétaires traditionnels.


Le "bitcoinisme" émerge comme une tendance au sein du maximalisme bitcoin, caractérisée par la conviction que le bitcoin pourrait résoudre une multitude de problèmes sociétaux. Cette approche témoigne d'une confiance considérable dans les capacités du bitcoin à transformer divers aspects de la société.


Le bitcoinisme semble résulter d'un biais de jugement, qui pourrait être comparé à la "loi de l'instrument" impliquant une confiance excessive dans un outil. Cela évoque la célèbre formule d'Abraham Maslow : "J'imagine qu'il est tentant, si le seul outil dont vous disposez est un marteau, de tout considérer comme un clou.".


Quant à moi, je pense qu'il est possible d'être maximaliste du bitcoin, croyant en l'exceptionnalité du projet bitcoin par rapport aux Altcoins dans l'écosystème crypto, sans nécessairement être un "bitcoiniste", c'est-à-dire un adepte inconditionnel du bitcoinisme.


Il est vrai que j'ai moi-même pu donner parfois l'impression d'être un maximaliste bitcoin dérivant vers le bitcoinisme. Le fond de ma pensée est bien différent. Si je conditionne une lutte efficace contre le réchauffement climatique à la reconstruction du système monétaire, ce n'est pas parce qu'une monnaie limitée aurait un impact positif sur les objectifs de diminution des émissions de carbone. C'est plutôt parce que l'économie doit être prospère, sans quoi, les citoyens auront d'autres préoccupations (pyramide de Maslow, encore lui).


J'ai beau avoir effectué des petites recherches depuis un moment sur le sujet, il n'y a pas vraiment de connaissances scientifiques qui viennent étayer l'hypothèse qu'une monnaie totalement limitée - telle que le bitcoin - aurait un impact positif direct ou même indirect sur le climat. Le plus probable est que cela relève d'un sophisme économique (partant du crédit) avec une extrapolation écologique simpliste (moins de crédits = positif pour le climat).


Cela défie la compréhension de certains, mais une monnaie limitée comme bitcoin optimiserait très certainement la croissance (pas de décroissance à l'horizon). Le mot important ici est "optimiser", car il y aurait moins de cycles économiques liés à l'élasticité du crédit (réserves fractionnaires), et moins d'endettement public, souvent non productif (impliquant des réformes obligatoires et maintenant un dynamisme de la société à un niveau élevé). Le crédit passerait dès lors nécessairement par de l'épargne au préalable (dans ce cas, le crédit est d'ailleurs beaucoup plus efficace pour les entrepreneurs - via un calcul économique non faussé - car la typologie de la consommation change en même temps. C'est la théorie du capital de l'école autrichienne). Toutefois, selon Irving Fisher (théoricien quantitativiste de la monnaie), il n'y aurait pas forcément moins de crédits avec un système 100% monnaie. Et, si la quantité de produits et de services augmente sans nouvelles émissions d'encaisses nominales en parallèle, le pouvoir d'achat de la masse monétaire nominale s'adapte, en augmentant lui aussi.


Logiquement, je suis tout aussi convaincu que ce n'est pas la monnaie fiat qui est à l'origine ou le catalyseur du réchauffement climatique. La monnaie fiat a beaucoup de défauts (et quelques qualités), mais à priori pas celui-là. C'est essentiellement la seconde révolution industrielle, avec l'utilisation de nouvelles sources d'énergie comme l'électricité, le gaz ou encore le pétrole, qui a conduit à l'accroissement extraordinaire du commerce international, des capacités de productions, de la consommation, et in fine au réchauffement climatique.


La monnaie reflète en moyenne les valeurs d'une civilisation, y compris la résilience sociale de l'époque, ainsi que les capacités de production. Cependant, l'inverse n'est pas vrai. Le système de l'étalon-or n'était tout simplement plus compatible avec notre époque, et tôt ou tard (même sans la guerre du Vietnam), il devait céder la place à un système plus "souple". Par conséquent, il est totalement irréaliste de compter sur le bitcoin pour transformer la société de consommation et réduire les émissions de carbone.


Cela est d'autant plus vrai que la condition essentielle pour cette prétendue vertu écologique est que le bitcoin devienne une monnaie courante en Occident.


En premier lieu, il semble improbable qu'une monnaie unique puisse s'adapter efficacement à une vaste zone économique caractérisée par une hétérogénéité significative. Après deux décennies, l'expérience européenne avec l'euro suggère que cette devise pourrait avoir des effets néfastes, notamment sur la compétitivité des entreprises dans les économies du sud. Ces défis résultent des spécificités historiques propres à chaque pays.


Deuxièmement, le bitcoin souffre d'un grave défaut structurel s'il aspire à devenir une monnaie stable. Malgré cette réalité aussi mathématique que le bitcoin, je constate qu'il est devenu courant au sein de la communauté des bitcoiners d'affirmer constamment que la volatilité du bitcoin sera suffisamment faible pour en faire une monnaie courante une fois son adoption généralisée. C'est une affirmation erronée. Même s'il n'y avait que le bitcoin sur Terre, il resterait une monnaie instable. J'ai déjà développé ce point dans mes écrits. Certes, une économie peut fonctionner avec une monnaie totalement limitée, mais comme l'a judicieusement analysé Murray Rothbard (anarcho-capitaliste et grand adorateur de l'Or par ailleurs) dans son ouvrage "État, qu'as-tu fait de notre monnaie", c'est le pouvoir d'achat de la monnaie qui s'ajusterait en fonction du désir de monnaie, et de la quantité de biens et services sur le marché.


Toujours pas convaincu ?


George Selgin, économiste américain et théoricien de la banque libre, réputé proche de la mouvance historique cypherpunk et grand sympathisant de Bitcoin depuis ses débuts, est une voix influente pour convaincre les bitcoiners récalcitrants que la stabilité du bitcoin est une chimère.


Il est important d'être honnête et clair : le bitcoin ne semble pas être en voie de devenir une monnaie courante en Occident, sauf dans des circonstances de chaos, ce qui n'est évidemment pas souhaitable.


Dans quelques années, le rôle potentiel du bitcoin en Occident pourrait se rapprocher davantage de celui d'une "Monnaie refuge" (alliant la fonction monétaire à une valeur refuge) ou, mieux, d'une "Monnaie épargne" si l'obligation fiscale associée était abrogée.


En d'autres termes, envisager l'utilisation du bitcoin comme monnaie courante nous orienterait vers un système monétaire conforme au courant anarcho-capitaliste (libertarianisme rothbardien). Ce système, bien que très performant sur le plan économique, serait socialement austère et peu adapté à la résilience sociale à notre époque. D'autre part, si l'on envisage le bitcoin comme une monnaie complémentaire d'épargne (tout en conservant la monnaie fiat pour les transactions quotidiennes), cela créerait un système monétaire compatible avec un libéralisme plus moderne et moins radical. Ce modèle éliminerait le capitalisme de connivence et atténuerait l'hyper-financiarisation, rendant le système moins illibéral.


Cette deuxième voie, celle de la "mondialisation de l'épargne", représente également une révolution potentielle. En effet, le système bancaire actuel, avec son recours aux réserves fractionnaires, pourrait devenir considérablement moins fragile. Cela résulterait en une diminution significative des dépôts libellés en monnaie fiat, réduisant ainsi le coefficient de caisse. Parallèlement, l'épargne serait mieux préservée de la tentation des États de produire de la monnaie de manière excessive.


En résumé de cette première partie, il ressort que le Bitcoin ne constitue pas la solution libérale miracle pour résoudre la crise climatique. En exagérant les vertus écologiques de bitcoin, le risque est de discréditer le véritable potentiel monétaire, économique et social de bitcoin. Au delà de bitcoin, étant donné que la monnaie s'ajuste à la lisière de nos modèles de sociétés, la solution pour le climat ne réside pas dans une monnaie limitée. En revanche, une monnaie saine, c'est-à-dire pilotée pour maintenir sa stabilité dans le temps, constitue un prérequis économique et social pour éviter de polluer le débat avec d'autres considérations. S'obstiner dans le cas d'usage du Bitcoin en tant que monnaie courante serait donc une perte de temps face à l'urgence climatique.


La réponse au défi écologique devra inévitablement comporter, du moins dans un premier temps pour amorcer un cycle vertueux à travers l'État de droit, une composante politique significative. La nature de cette initiative sera explorée ultérieurement.


En attendant, une autre "solution" (présentée comme telle du moins) politique que je trouve peu convaincante est le concept de la décroissance. Cependant, rejeter ce concept sans chercher à le comprendre serait refuser de participer à l'un des débats les plus importants de notre temps.


La décroissance funeste


Justement, pour bien comprendre les tenants et aboutissants de la décroissance, j'ai lu cet été le livre "Ralentir ou périr : L'économie de la décroissance" de Timothée Parrique.


Au début, l'auteur maintient une approche scientifique, et il y a certaines parties intéressantes. Par exemple, lorsqu'il mentionne : "Une croissance véritablement verte au sens du développement durable serait une croissance de la production juxtaposée à une baisse de la charge écologique totale de l’économie.". Ou encore, ici : "La prospérité n’est pas seulement une question de quantité, mais aussi de qualité. Certaines croissances monétaires se font au détriment de quelque chose d’autre. Le PIB est une bonne partie une agitation aveugle.".


C'est ce que j'expliquais précédemment : la croissance n'est pas optimisée en raison de notre système monétaire actuel.


Malheureusement, vers le milieu du livre, le discours devient de moins en moins scientifique, et il fini par tomber dans un discours de militant décroissant extrêmement subjectif. On comprend alors, que si l'écologie est une science rigoureuse, l'écologisme décroissant est une une idéologie de combat dressée uniquement contre l'économie de marché. Ce livre ravira donc surtout les lecteurs déjà convaincus par la décroissance. C'est un entre-soi d'une communauté déconnectée de la modernité. J'ai malgré tout continué la lecture jusqu'au bout afin de comprendre les concepts idéologiques de ce courant, dans le but désormais de mieux m'y opposer. Je sais par exemple grâce à cette lecture que ce courant éprouve un profond rejet de la valeur travail, et que l'objectif est de transformer l'indicateur PIB en "Sieste Intérieure Brute" (selon ses termes).


Comme Nicolas Dufrêne qui avait trouvé la martingale monétaire dans son livre "La monnaie écologique" (pour lequel j'avais écrit une longue critique) en 2022, ici l'auteur nous gratifie d'une nouvelle théorie magique : "on peut réduire l’activité économique de moitié sans créer de chômage, voire même en le réduisant." . Et, quand il parle de "réduction d'activité", c'est un doux euphémisme, car cela ressemble plus à une dictature verte : "Chaque entreprise serait dotée d’un comité de mission qui contrôlerait en interne l’adéquation de l’activité avec la mission, et les entreprises seraient régulièrement auditées en externe par des tribunaux d’existence.". Vu comme ça, il est à peu près sûr qu'il y aura une décroissance rapide du nombre d'entrepreneurs. De toute façon, à quoi bon entreprendre puisqu'à : "l’âge de vingt-cinq ans , chaque individu recevrait un héritage équivalent à 60% du patrimoine moyen (environ 120 K€), et cela financé à travers un impôt sur la propriété privée.".


Sans aucune ambiguïté, le courant de pensée décroissant est donc fondamentalement anticapitaliste.


L'agenda politique est clair : "Si l’on veut sortir de la croissance, il faudra donc nécessairement sortir du capitalisme et donc réduire l’importance sociale des institutions qui le composent : le salariat, les marchandises, et les marchés, la propriété privée des moyens de production et l’entreprise à but lucratif.".


Plus problématique encore, l'auteur se permet parfois quelques entorses à la réalité, non étayées scientifiquement, comme lorsqu'il affirme : "N’oublions pas que la pandémie de Covid est avant tout une crise écologique."


La philosophie politique sous-tendant le bitcoin est le libéralisme, ce qui ne le rend pas directement dangereux pour les individus. Pourtant, le bitcoin est critiqué de toutes parts depuis plus d'une décennie. En revanche, l'idéologie de la décroissance, malgré son potentiel intrinsèque de dérive totalitaire, ne semble pas susciter une préoccupation notable.


Je ne doute pas que ce courant décroissant, et l'esprit de ce livre, sont issus d'un idéalisme sincère, et que des personnes d'une grande élévation d'esprit puissent y croire. Cependant, l'Histoire nous enseigne que ce type d'idées peut être funeste.


De nombreuses études ont démontrées que lorsque la science se heurte à des convictions profondes (religion, politique,...), la conviction prend souvent le dessus sur la science, même chez les personnes ayant un haut niveau d'éducation, comme Timothée Parrique, docteur en (destruction d') économie.


Comme le communisme à son époque, l'écologisme cristallise, exploite et récupère les émotions et les mécontentements de toute nature.


L'écologisme est à la question environnementale ce que le communisme fut à la question sociale.


Dans les deux cas, bien que les intentions soient louables, ces idéologies sont moins anodines qu'il n'y paraît.


Tout comme le communisme après la Seconde Guerre mondiale, l'influence de l'écologisme s'étend aux milieux intellectuels, à certains cercles scientifiques et aux milieux artistiques.


La propagande écologiste frappe par la simplicité de ses discours. Ce schéma rappelle un épisode historique récent et regrettable de "sélection par le bas", que Friedrich Hayek a brillamment dénoncé dans le chapitre X de son livre "La route de la servitude". Il serait judicieux de recommander l'étude de cet ouvrage à tous les lycéens.


L'histoire a déjà tiré des conclusions sur le communisme, et il est probable qu'elle en fasse de même pour l'écologisme. L'enjeu actuel réside principalement dans la nécessité d'éviter d'apprendre dans la douleur.


L'enjeu climatique ne résisterait pas au chaos politique et social que provoqueraient les politiques écologistes. La décroissance écologiste est la pire des politiques pour relever les défis écologiques.


Si d'un côté le bitcoinisme et de l'autre l'écologisme ne se révèlent pas être des solutions adéquates pour résoudre les problèmes climatiques, il apparaît clairement que la bonne politique doit se situer quelque part entre ces deux extrêmes.


L'environnementalisme libéral


Tout comme il est possible d'adopter une position maximaliste envers le bitcoin sans nécessairement souscrire au bitcoinisme, il est également envisageable d'être environnementaliste sans embrasser l'écologisme. Être environnementaliste signifie se préoccuper de la qualité de notre environnement et de sa préservation, tout en cherchant à concilier l'amélioration des conditions de vie de l'humanité avec la sauvegarde de notre patrimoine naturel. L'environnementalisme s'ancre dans une perspective humaniste.


Pour concilier efficacité dans la lutte pour la préservation du climat et le respect des droits fondamentaux des individus, l'écologie libérale émerge comme la seule solution véritablement viable. Il est excessif de présenter la situation comme un dilemme où nous devrions choisir entre la destruction de notre planète et la ruine de l'économie.


Au cœur de ces libertés, figure le travail. Fondement de la vie en société, il représente un privilège fondamental de l'humanité, offrant le meilleur chemin vers une existence heureuse et décente. Il est tout à fait vrai que ce travail a participé à la croissance construite sur le charbon et le pétrole, au prix d'une menace sur la survie de l'humanité. Cependant, c'est le capitalisme orienté vers les énergies fossiles qui en est responsable, et non le capitalisme en tant que tel, ni le concept même du travail.


La stratégie la plus efficace contre le réchauffement climatique consisterait à tirer parti des mécanismes du marché en intégrant le coût du carbone dans la détermination des prix des biens et services.


Le capitalisme se révèle être un système particulièrement adapté aux évolutions des conditions et des exigences environnementales. Julian Lincoln Simon, économiste renommé, exposait déjà cette idée dans son livre de 1981 intitulé "The Ultimate Resource". Il soulignait que face à l'émergence de raretés, les prix tendent à augmenter, incitant ainsi les acteurs économiques à explorer de nouvelles ressources, à perfectionner leurs technologies d'extraction et à rechercher des alternatives.


Si les écologistes remettaient en question l'échec des prévisions du Club de Rome, ils réaliseraient que l'erreur a résidé dans la sous-estimation de la loi de l'offre et de la demande ainsi que du mécanisme des prix.


Ils confondent "limites planétaires" et "limites économiques".


Pour remédier au changement climatique, la taxe carbone s'impose comme la meilleure option. Elle permet de réaliser nos objectifs de réduction des émissions de carbone tout en laissant aux individus et aux entreprises la liberté de choisir la manière de les atteindre. L'intervention directe des États dans la gestion des entreprises via des "tribunaux d'existence" ne semble pas nécessaire. Cette approche présente également l'avantage majeur de ne pas parier sur des vainqueurs parmi les technologies énergétiques futures. Cependant, on attend des États qu'ils préviennent les "comportements de passager clandestin" en imposant des droits de douane, encourageant ainsi les nations à coopérer à l'échelle mondiale.


Conclusion


J'ai examiné l'idée émergente parmi les bitcoiners affirmant que le bitcoin pourrait offrir des avantages écologiques en remplaçant les systèmes monétaires fiat, qualifiant cette perspective de "bitcoinisme".


Par la suite, j'ai rejeté l'adoption généralisée du bitcoin en tant que monnaie courante en Occident en raison de sa volatilité persistante, préconisant plutôt des rôles tels que "monnaie refuge" ou "monnaie épargne".


Puis, j'ai exploré la relation entre la monnaie fiat et le réchauffement climatique, soulignant que la seconde révolution industrielle avait un impact plus significatif sur ce phénomène que la nature de la monnaie utilisée.


Concernant la décroissance, j'ai critiqué le discours militant du livre "Ralentir ou périr - L'économie de la décroissance" de Timothée Parrique, percevant désormais la décroissance comme une solution politique risquée.


En conclusion, je rejette à la fois le "bitcoinisme" et l'idéologie de la décroissance comme solutions appropriées pour relever les défis écologiques.


À la place, je propose l'idée d'un "environnementalisme libéral" comme approche plus viable pour concilier la préservation de l'environnement et les droits individuels.

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