Bitcoin devient ennuyeux. Et c'est une excellente nouvelle.
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Depuis quelques mois, j'ai une impression étrange : l'actualité autour de Bitcoin est devenue ennuyeuse.
Il y a moins de débats existentiels, moins de prophéties apocalyptiques, moins de promesses de révolution imminente. Les réseaux sociaux semblent plus calmes. Les médias généralistes parlent moins de Bitcoin. Même les discussions entre passionnés paraissent moins chargées d'émotions.
Et, à vrai dire, je pense que c'est une excellente nouvelle.
La finance n'est pas censée être excitante
J'ai toujours considéré que la monnaie et la finance étaient des infrastructures fondamentales de la société. À ce titre, elles devraient être fiables, prévisibles et, dans une certaine mesure, ennuyeuses.
Personne ne se lève le matin avec enthousiasme pour admirer le bon fonctionnement des canalisations de sa ville. Pourtant, elles sont essentielles. Leur discrétion est précisément la preuve qu'elles remplissent correctement leur mission.
Il devrait en être de même pour la monnaie.
Lorsque la monnaie devient un sujet de conversation quotidien, lorsque les citoyens doivent constamment s'interroger sur l'inflation, les taux d'intérêt, les bulles spéculatives ou la dévaluation de leur épargne, c'est souvent le signe que quelque chose dysfonctionne dans le système.
Une bonne monnaie devrait être presque invisible.
L'ère du spectacle monétaire
Depuis plusieurs décennies, le système financier est devenu un immense spectacle.
Les banques centrales sont suivies comme des vedettes. Chaque décision de taux provoque des réactions instantanées des marchés. Les actifs financiers connaissent des cycles d'euphorie et de panique toujours plus rapides.
Dans cet environnement, la monnaie n'est plus seulement un outil d'échange ou de réserve de valeur. Elle devient un objet de spéculation permanent.
À mes yeux, une partie de cette instabilité provient de la nature même de notre système monétaire fondé sur la dette.
Lorsque la création monétaire dépend continuellement de l'expansion du crédit, la croissance devient une nécessité structurelle. Les marchés attendent toujours plus de liquidités, toujours plus d'interventions, toujours plus de stimulation.
L'argent cesse alors d'être un simple outil économique pour devenir le carburant d'un système qui doit constamment accélérer.
Bitcoin était condamné à traverser une phase d'excitation
Bitcoin ne pouvait évidemment pas échapper à cette dynamique.
Les premières années ont été marquées par la découverte. Puis sont venues les guerres idéologiques, les scandales, les faillites d'exchanges, les promesses extravagantes et les prédictions de prix délirantes.
Chaque cycle attirait son lot de prophètes et de détracteurs.
Pour beaucoup, cette agitation était la preuve de la vitalité de l'écosystème.
Je n'en suis plus si certain.
Une technologie monétaire qui prétend servir plusieurs milliards d'individus ne peut pas rester éternellement dans un état d'effervescence permanente.
À un moment donné, elle doit devenir banale.
La banalisation est un signe de maturité
Aujourd'hui, Bitcoin est progressivement en train de sortir de son adolescence.
Les ETF existent. Les entreprises qui souhaitent en détenir savent comment le faire. Les solutions de conservation sont plus robustes. Les infrastructures de paiement continuent de progresser. Les cadres réglementaires deviennent plus clairs dans de nombreuses juridictions.
Tout cela est beaucoup moins spectaculaire qu'une flambée de prix ou qu'un scandale retentissant.
Mais c'est infiniment plus important.
Les grandes innovations finissent souvent par disparaître du débat public au moment précis où elles commencent à s'intégrer durablement dans la société.
Internet lui-même est devenu ennuyeux. L'électricité est ennuyeuse. Les protocoles TCP/IP sont ennuyeux.
Et c'est précisément parce qu'ils fonctionnent.
Quand Bitcoin cesse d'être une histoire
Pendant longtemps, Bitcoin était avant tout une histoire.
L'histoire d'une rébellion contre les banques centrales. L'histoire d'une technologie capable de transformer le monde. L'histoire d'une nouvelle forme de monnaie née à l'ère d'Internet.
Aujourd'hui, Bitcoin devient progressivement une infrastructure.
Or les infrastructures n'ont pas besoin de raconter une histoire tous les jours. Elles doivent simplement continuer à fonctionner.
Bloc après bloc.
Jour après jour.
Année après année.
Cette transition est moins passionnante pour les médias. Elle est moins favorable aux influenceurs. Elle génère moins de clics.
Mais elle représente probablement une victoire pour Bitcoin.
Bitcoin n'a pas encore connu son 2008
Il reste néanmoins une question fascinante à laquelle personne ne peut encore répondre avec certitude.
Depuis sa création en 2009, Bitcoin n'a jamais été confronté à une crise financière systémique comparable à celle de 2008. Certes, il a traversé des marchés baissiers, des faillites d'acteurs majeurs, des crises sectorielles et même des périodes de forte tension économique. Mais il n'a encore jamais été testé au cœur d'un véritable séisme financier mondial remettant en cause la solidité même du système bancaire et monétaire.
C'est probablement le prochain grand rendez-vous de son histoire.
Lorsque cette crise surviendra, je m'attends à ce que Bitcoin réagisse d'abord comme un actif risqué. Dans les premiers jours, voire les premières semaines, il est tout à fait possible qu'il chute fortement sous l'effet de la panique générale et de la recherche de liquidités.
Mais ce qui m'intéresse réellement se situe après cette première phase.
À mesure que les investisseurs prendront la mesure de l'ampleur de la crise, une question pourrait émerger : où placer son épargne lorsqu'on commence à douter des institutions financières elles-mêmes ?
Mon intuition est que Bitcoin pourrait alors être perçu, pour la première fois à grande échelle, comme une véritable valeur refuge.
Et sur ce terrain, il possède un avantage comparatif considérable, y compris face à l'or.
Je lance souvent un défi très simple : essayez d'acheter une quantité significative d'or physique en quelques heures. Renseignez-vous sur les délais, les intermédiaires, les contraintes logistiques, la livraison ou le stockage. Vous découvrirez rapidement que l'or reste un actif remarquable, mais qu'il appartient encore largement au monde physique.
Bitcoin, lui, est natif du monde numérique.
En quelques minutes, n'importe qui peut acquérir, recevoir, transférer ou sécuriser du Bitcoin depuis pratiquement n'importe quel endroit de la planète. Cette instantanéité constitue une propriété monétaire nouvelle dans l'histoire humaine.
La prochaine grande crise financière sera peut-être le moment où le monde découvrira réellement la valeur de cette caractéristique.
Mais c'est précisément l'expérience que j'attends désormais avec le plus d'intérêt.
Car après quinze années de débats théoriques, le véritable juge de paix pour Bitcoin reste encore à venir.
Et finalement, si Bitcoin entre aujourd'hui dans une phase plus calme, plus mature et plus ennuyeuse, c'est peut-être parce qu'il se prépare à son examen le plus important. Celui qui permettra de savoir si Bitcoin n'était finalement qu'une utopie monétaire séduisante en théorie mais incapable de résister à l'épreuve du réel, ou s'il constitue réellement une nouvelle forme de refuge monétaire pour le XXIe siècle.
