Et si la France osait une zone de liberté ?
- C.F.
- 24 janv.
- 3 min de lecture
Depuis quatre ans, article après article, je dresse le même constat : la France s’enfonce doucement, méthodiquement, dans un socialisme mou mais omniprésent, un système qui rassure à court terme et appauvrit à long terme. Les diagnostics s’accumulent, les chiffres sont connus, les comparaisons internationales sont cruelles. Et pourtant, rien ne bouge vraiment. Pire : toute tentative de réforme un peu ambitieuse déclenche immédiatement la peur, la crispation, parfois même la haine. Les Français ont peur du changement, et plus encore de la liberté.
Il faut donc peut-être accepter une idée dérangeante : la France, aujourd’hui, n’est pas prête à basculer vers le libéralisme. Pas politiquement, pas culturellement, pas émotionnellement. Mais faut-il pour autant renoncer ? Je ne le crois pas. Je pense au contraire qu’il faut changer de terrain de jeu. Arrêter de vouloir convertir tout un pays d’un coup, et oser une expérimentation radicale, visible, assumée.
Et si la France créait une Zone Économique Spéciale ?
Une vraie. Pas une énième usine à subventions ou un machin technocratique vidé de sa substance. Une zone de quelques centaines de kilomètres carrés, sur un territoire peu peuplé, en bord de mer, au milieu de la France ou ailleurs, peu importe. Un territoire français, sous souveraineté française, mais doté de ses propres règles : une constitution spécifique, un droit distinct, un cadre fiscal ultra compétitif, un marché du travail libre, une réglementation minimale. Un îlot de libéralisme radical dans un océan de socialisme.
L’idée est simple : ne forcer personne. Les Français attachés au modèle actuel continueraient à vivre comme avant. Aucun dogme libéral imposé à une population réticente. En revanche, tous ceux qui étouffent, qui entreprennent, qui innovent, qui prennent des risques, qui aujourd’hui n’ont qu’une solution - partir à l’étranger - auraient enfin une alternative sur le sol français. Une porte de sortie sans exil.
Ce ne serait pas une sécession, ni un délire libertarien hors-sol. La France resterait garante de la sécurité, au moins dans un premier temps. Un contrat clair lierait l’État et cette zone pour une durée donnée, disons trente ans. Trente ans pour prouver quelque chose. Trente ans pour expérimenter sans retour en arrière permanent au gré des alternances politiques.
Ce genre d’expérience n’a rien d’utopique. Hong Kong l’a fait. Shenzhen l’a fait. Des territoires minuscules, sans ressources particulières, devenus en quelques décennies des hubs majeurs de prospérité et d’innovation. Pourquoi ce qui a fonctionné ailleurs serait impossible en France ? Sommes-nous à ce point persuadés de notre exception… dans l’échec ?
Une telle zone attirerait immédiatement des capitaux, des entrepreneurs, des ingénieurs, des créateurs, des talents français et étrangers. Elle deviendrait un laboratoire vivant du libéralisme, observable, mesurable, impossible à balayer d’un revers de main idéologique. Les résultats parleraient d’eux-mêmes : emploi, salaires, innovation, dynamisme. Et surtout, des retombées massives pour le reste du pays, fiscales, économiques, technologiques.
Mais l’enjeu le plus important est ailleurs. Cette Zone Économique Spéciale serait un outil politique au sens noble. Une démonstration par les faits. Une expérience grandeur nature pour montrer aux Français que la liberté n’est pas l’ennemie de la justice, que le marché n’est pas l’ennemi de la prospérité, que le libéralisme n’est pas le chaos mais l’ordre spontané.
À l’heure où Javier Milei montre en Argentine qu’un libéralisme assumé, populaire, décomplexé peut gagner, il faut comprendre une chose : le libéralisme moderne doit redevenir désirable. Concret. Incarné. Populiste au sens noble, c’est-à-dire du côté du peuple contre les élites bureaucratiques et les rentes installées.
La Zone Économique Spéciale serait ce récit. Ce symbole. Ce pari fou mais rationnel. Une manière de dire : essayons. Regardons. Comparons. Et ensuite, seulement ensuite, décidons.
Oser rêver à nouveau de liberté, ce n’est peut-être pas renverser le système d’un coup. C’est peut-être commencer par créer, quelque part en France, un endroit où la liberté marche.
