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Partie I : L’échec de la démocratie française

  • C.F.
  • 11 nov.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 nov.

Pourquoi la démocratie française a échoué


La France est une démocratie fatiguée. Une démocratie qui n’a pas cessé de voter pour toujours plus d’État, toujours plus de dépenses, toujours plus de redistribution. Une démocratie qui a troqué la liberté contre la promesse d’une sécurité sociale totale. Le problème n’est pas la démocratie en elle-même. Le problème, c’est le socialisme qui l’a colonisée.


Le paradoxe est cruel. La France, avec le Royaume-Uni, a été l’un des berceaux du libéralisme. Tocqueville, Bastiat, Benjamin Constant ont posé les bases intellectuelles de ce qui est aujourd’hui l’économie de marché moderne: responsabilité individuelle, liberté contractuelle, séparation des pouvoirs, méfiance envers l’État qui s’arroge le rôle de tuteur du peuple. La Révolution française, dans ses premiers jours, était un mouvement libéral: il s’agissait de limiter le pouvoir arbitraire, pas de remplacer un absolutisme par un autre.


Puis tout a dérapé. Le jacobinisme a étouffé l’esprit libéral. Robespierre a remplacé la liberté par la vertu obligatoire. Napoléon a militarisé la France et restauré l’État centralisé. La France est passée de l’absolutisme royal à l’absolutisme administratif. Le libéralisme a été abandonné au profit de l’ingénierie sociale et du pouvoir tutélaire.


Après 1945, De Gaulle a reconstruit un pays ruiné. Son modèle dirigiste se comprenait dans le contexte de l’époque. L’économie planifiée à la française a fonctionné pendant la reconstruction, puis pendant les trente glorieuses. Mais lorsque le monde est entré dans l’ère de la mondialisation et de la compétition globale, la France n’a pas fait le virage. Elle a refusé d’accepter que la création de richesse précède toute redistribution. Convaincue d’être un cas particulier, elle a continué à croire que son modèle social pouvait échapper aux lois économiques.


À partir des années 80, tandis que la plupart des pays s’ouvraient au commerce, libéralisaient leurs marchés, assumaient la compétition mondiale, la France a fait l’inverse. Elle a réduit son temps de travail avec les 35 heures. Elle a abaissé l’âge de départ à la retraite alors même que la population vieillissait. Elle a empilé norme sur norme, règlement sur règlement. Elle a transformé son système social en une machine déficitaire permanente. Même le président de la Banque publique d’investissement l’a reconnu: notre système social n’est pas un modèle, car un modèle se reproduit, alors que le nôtre ne tient que grâce à la dette.


Le passage à l’euro a été un anesthésiant. Il a permis à la France d’emprunter à bas coût et de repousser le moment de vérité. Au lieu d’adapter le pays à la mondialisation, la dette a servi à maintenir artificiellement le niveau de vie, à financer la consommation plutôt que la production, et à gonfler les prix de l’immobilier. La France ne s’est pas modernisée. Elle s’est mise à crédit.


Tout cela n’est pas une dérive économique. C’est une dérive démocratique. La démocratie française s’est transformée en démocratie clientéliste. Chaque élection est devenue une promesse de nouvelles prestations, de nouveaux droits financés avec l’argent des autres. Le vote est devenu un acte de consommation politique. On ne vote plus pour des réformes, mais pour préserver un avantage ou en obtenir un nouveau. Le citoyen a été remplacé par le client.


La démocratie cesse de fonctionner lorsqu’elle devient un distributeur de droits déconnectés de la réalité productive. Elle cesse de fonctionner lorsqu’elle entretient l’illusion qu’un pays peut vivre durablement au-dessus de ses moyens. Elle cesse de fonctionner lorsqu’elle confond solidarité et dépendance.


Une démocratie ne survit que si la population comprend quelques notions économiques simples. La France ne les comprend plus, parce que la France a perdu la bataille de l’éducation depuis plusieurs décennies. Nous avons des générations entières qui ne savent plus distinguer liberté et assistance. Après la guerre, il y avait des bâtisseurs. Dans les années 60, on a eu des contestataires. Puis sont venus les individualistes, persuadés que l’État est une fontaine miraculeuse.


Pour que la France retrouve son équilibre, il faudra une nouvelle génération de bâtisseurs. Une génération qui comprenne que le meilleur socialisme possible est un libéralisme assumé: un État limité, mais puissant là où il doit l’être; une économie libre, créatrice de richesse avant d’être distributrice. Une génération qui accepte que la liberté est exigeante, que la responsabilité ne se délègue pas et que la prospérité ne se décrète pas.


Il existe deux chemins pour y parvenir. Le premier est brutal: attendre l’événement exogène, la crise qui forcera le retour à la réalité. Le second est plus doux, mais plus long: reconstruire l’éducation. Former des esprits capables de comprendre, de décider, de s’émanciper. Faire renaître les Hussards de la République, mais au service de la liberté, pas de la dépendance.


La démocratie française échoue parce que la France a cessé d’être libérale. Si elle veut renaître, elle devra renouer avec ce qu’elle avait presque inventé.


La liberté.

 
 
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