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La France face à la fin de l’État-providence : créer une nation d’entrepreneurs

  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

Depuis des décennies, les Français vivent dans une illusion historique qu’ils prennent pour une norme éternelle. Cette illusion porte un nom : l’État-providence.


Nous avons fini par croire qu’il était naturel qu’un pays puisse offrir des retraites longues et confortables, un système de santé quasi gratuit, des allocations multiples, une protection sociale étendue, des services publics omniprésents et un niveau de redistribution parmi les plus élevés du monde. Nous avons transformé une exception historique en acquis intangible. Pourtant, si l’on prend un peu de recul, l’État-providence tel que nous le connaissons n’aura probablement été qu’une parenthèse dorée dans l’histoire des nations.


Une parenthèse rendue possible par une conjonction rarissime de facteurs : l’après-guerre, la reconstruction, l’explosion démographique, l’abondance énergétique, l’industrialisation massive et une croissance économique hors norme. Pendant plusieurs décennies, la France bénéficiait d’une population jeune, nombreuse, productive et optimiste. Chaque génération était plus large que la précédente. Les actifs étaient abondants. Les retraités peu nombreux. Le ratio fonctionnait. Le système pouvait tenir.


Mais cette mécanique est en train de se briser sous nos yeux.


La France entre désormais dans un monde radicalement différent. Un monde de vieillissement démographique, de croissance molle, de dette massive et de concurrence technologique féroce. Un monde où les promesses du XXe siècle deviennent mathématiquement intenables.


Car la réalité est brutale : un État-providence ne peut survivre que si suffisamment de richesse est créée dans le secteur productif privé. Or la France produit de moins en moins relativement au reste du monde. Nous taxons énormément, nous redistribuons énormément, mais nous créons insuffisamment.


Et surtout, notre démographie condamne progressivement le "modèle".


Moins de jeunes. Plus de vieux. Moins d’actifs. Plus de dépenses sociales. Moins de croissance potentielle. Plus de prélèvements. Plus de tensions.


C’est une équation impossible.


Pendant longtemps, la France a pu masquer cette réalité par la dette. Mais la dette n’est qu’une anticipation artificielle de richesse future. Et lorsque la richesse future ralentit, le château de cartes commence à vaciller.


Le sujet est d’ailleurs bien plus profond que la simple question budgétaire. Ce qui est en train de disparaître, c’est le socle civilisationnel qui avait rendu l’État-providence possible.


Les sociétés développées font moins d’enfants. Toujours. C’est une constante quasiment universelle. Quand un pays devient riche, urbanisé, individualiste et pacifié, le désir d’enfant diminue structurellement. On peut essayer de ralentir la tendance, mais aucun grand pays développé n’a réellement réussi à inverser durablement le phénomène.


Autrement dit : il est probable que nous ne reviendrons jamais à la démographie des Trente Glorieuses.


Il faut donc arrêter de penser le futur avec les paramètres du passé.


Le véritable enjeu des prochaines décennies ne sera pas de “sauver” intégralement l’État-providence. Ce combat est probablement déjà perdu. Le vrai enjeu sera de préserver un socle minimal viable : santé, sécurité, retraites, justice, armée, infrastructures essentielles.


Et pour préserver ce socle, il faudra produire énormément plus de richesse avec relativement moins d’humains actifs.


C’est précisément là que l’intelligence artificielle et la robotique deviennent existentielles pour la France.


Pas accessoires. Pas gadgets. Existentielles.


Si la France ne prend pas massivement le virage de l’IA, de l’automatisation et de la robotisation, d’autres pays le feront à sa place. Les États-Unis. La Chine. Peut-être demain l’Inde. Et ces pays capteront la création de valeur pendant que nous continuerons à administrer notre déclin.


Nous sommes encore prisonniers d’une vision ancienne de l’économie, où l’on croit que protéger l’existant suffit. Mais dans un monde vieillissant, le maintien du niveau de vie dépendra de notre capacité à augmenter radicalement la productivité par tête.


Nous aurons moins de bras. Donc chaque bras devra produire beaucoup plus.


Il faudra produire en France avec des robots. Soigner les personnes âgées avec des systèmes automatisés. Industrialiser l’IA. Réinventer notre appareil productif. Recréer une culture de l’ingénierie.


Et c’est probablement là que se trouve le plus grand échec français des cinquante dernières années.


À partir des années 70-80, une immense partie des cerveaux les plus brillants a progressivement quitté l’industrie, la recherche appliquée et l’entrepreneuriat productif pour rejoindre la finance, la gestion administrative ou des métiers de pure optimisation abstraite.


Quel gâchis historique.


La France fut pourtant une immense nation d’ingénieurs. Le pays du nucléaire, du TGV, d’Airbus, du Concorde, des grandes infrastructures, de l’innovation industrielle ambitieuse. Nous avions une culture du bâtisseur. Une culture du concret. Une culture de la production.


Aujourd’hui, nous formons encore d’excellents ingénieurs… mais trop peu construisent réellement. Trop peu entreprennent. Trop peu industrialisent.


Or la richesse de demain ne viendra pas des circulaires administratives ni des subventions éternelles. Elle viendra de ceux qui créeront des entreprises, des technologies, des usines automatisées, des logiciels d’IA, des robots, des infrastructures énergétiques et des gains de productivité massifs.


La France doit redevenir une nation d’ingénieurs. Mais plus encore : une nation d’entrepreneurs.


Et cela suppose surtout de transformer profondément notre culture économique.


Il faut que les Français redécouvrent ce qu’est réellement la création de richesse. Comprennent le risque. Comprennent le terrain. Comprennent la difficulté de payer des salaires, trouver des clients, construire un produit, gérer une trésorerie, créer de la valeur.


J’irais même jusqu’à défendre une idée qui paraîtra folle aujourd’hui.


Instaurer une forme de “Service Obligatoire de Création d’Entreprise” pour tous les jeunes de plus de 18 ans ou en sortie d’études, particulièrement lorsque ces études ont été financées par l’argent public.


Pendant 12 à 24 mois, seuls ou en groupe, les jeunes devraient tenter de créer une activité réelle : entreprise de services, startup IA, activité artisanale, plateforme logicielle, projet industriel, peu importe. Le secteur importerait moins que l’expérience concrète de la création.


L’État pourrait fournir une indemnité minimale durant la première année, prolongée éventuellement si des critères objectifs de croissance sont atteints.


Évidemment, la majorité de ces entreprises disparaîtrait. Comme partout. Comme toujours.


Mais ce n’est pas le sujet.


Le sujet, c’est la culture.


Car dans un vivier de centaines de milliers de projets lancés chaque année, des milliers survivraient probablement. Certaines deviendraient importantes. D’autres créeraient des emplois. D’autres encore transformeraient des secteurs entiers.


Mais surtout, cela changerait profondément l’ADN économique du pays.


La France sortirait progressivement de sa culture de dépendance administrative pour retrouver une culture de production, d’innovation et d’initiative.


Le XXIe siècle sera brutal pour les nations qui ne créent plus assez de richesse réelle.


Le monde qui vient sera probablement moins confortable, moins assisté, plus compétitif et technologiquement plus violent. Les pays qui survivront seront ceux capables d’automatiser massivement leur économie tout en conservant une cohésion sociale minimale.


La question n’est plus de savoir si le modèle français va changer.


Il va changer.


La seule vraie question est de savoir si la France subira ce changement dans le déclin… ou si elle décidera enfin de redevenir une nation qui construit.

 
 
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