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La France, état des lieux économique et politique / Conclusion : Rêver à nouveau de liberté

  • C.F.
  • 22 janv.
  • 4 min de lecture

Quand j’ai commencé cette série d'articles sur l'état économique et politique de la France, je ne pensais pas écrire presque uniquement sur le déclin. Je voulais comprendre. Puis, article après article, une évidence s’est imposée : nous ne traversons pas une crise. Nous sortons d’un monde.


Pas dans la violence. Pas dans l’effondrement spectaculaire. Mais dans cette lente érosion propre aux civilisations fatiguées, celles qui ne tombent pas, mais s’affaissent.


La France n’est pas pauvre. Elle est épuisée. Elle n’est pas ruinée. Elle est anesthésiée.


Elle est gouvernée par la peur : peur du risque, peur de l’échec, peur du conflit, peur de la liberté.


Nous avons remplacé la confiance par la tutelle. La responsabilité par la protection. L’audace par la norme. Et nous avons appelé ça le progrès.


Nous avons transformé la démocratie en guichet. Le vote en carte de fidélité. Le politique en distributeur automatique de promesses. Nous avons construit un système où tout le monde réclame, et où ceux qui créent sont regardés comme des problèmes à corriger.


Alors on taxe. On encadre. On réglemente. On moralise. On redistribue. Et on s’étonne que la machine ralentisse.


La vérité, c’est que nous avons cessé de croire en l’homme.


Un libéral, au fond, n’est pas un cynique. C’est l’inverse. C’est un humaniste. Quelqu’un qui croit que les individus sont capables. Capables de choisir, de se tromper, d’apprendre, de bâtir, de recommencer. Quelqu’un qui pense que la dignité humaine commence là : dans la possibilité d’agir.


Le socialisme, lui, part d’un autre postulat : l’homme est dangereux, imparfait, immoral, et doit être guidé, protégé, corrigé. Il promet la justice et fabrique la dépendance. Il promet l’égalité et produit la pénurie. Il promet la sécurité et détruit l’élan.


Nous avons choisi ce récit-là.


Nous avons choisi l’État comme tuteur universel. Nous lui avons confié nos peurs, nos angoisses, nos contradictions. Et pour qu’il puisse tout tenir, nous lui avons donné la dette, la monnaie magique, l’inflation silencieuse. Nous avons repoussé les conséquences de nos choix, comme si le réel pouvait être négocié.


Mais le réel ne négocie pas.


À force d’anesthésier, on affaiblit. À force de protéger, on atrophie. À force de corriger, on détruit ce qui faisait tenir l’ensemble : l’envie de faire.


Pendant ce temps, le monde a changé.


Il est redevenu brutal. Stratégique. Puissant. Les États-Unis ont un projet. La Chine a un projet. La Russie a un projet. Tous pensent en termes de puissance, de long terme, de civilisation.


Nous, nous pensons en termes de normes.


Nous avons transformé l’Europe en sanctuaire bureaucratique. En musée du XXe siècle. En continent de procédures. Et nous nous félicitons d’avoir remplacé l’énergie par la conformité, la vision par la réglementation, la puissance par la morale.


Le plus inquiétant n’est pas que d’autres deviennent forts. C’est que nous ayons cessé de vouloir l’être.


Et voici la chose la plus dérangeante de notre époque : un régime autoritaire est en train de montrer qu’on peut être économiquement performant sans être politiquement libre. Ce n’est pas une victoire pour eux. C’est un avertissement pour nous.


Car si nos démocraties cessent d’être des sociétés libres, si elles deviennent des systèmes de contrôle doux, de redistribution permanente, de normes infinies, alors elles perdront tout : la prospérité et la légitimité.


Nous sommes en train de devenir riches de notre passé et pauvres de notre futur.


C’est exactement comme cela que certains pays se sont lentement détruits. Non par la guerre. Non par la catastrophe. Mais par la fuite devant la réalité. Par la glorification de la protection. Par la punition de ceux qui essayaient encore.


L’Argentine n’a pas chuté. Elle s’est doucement assoupie.


Je crains que nous soyons sur cette pente.


Et pourtant.


Tout cela n’a de sens que si l’on croit que l’Histoire est écrite d’avance. Or elle ne l’est pas.


Une civilisation ne meurt pas quand elle est pauvre. Elle meurt quand elle n’ose plus rêver.


La vraie question n’est pas : que va-t-il se passer ?

La vraie question est : que voulons-nous redevenir ?


Un continent de consommateurs ?

De normes ?

De mémoires ?

De protections ?


Ou une terre de liberté.


Pas la liberté slogan.

Pas la liberté marketing.

La liberté exigeante.

La liberté adulte.

La liberté qui oblige.


La liberté d’entreprendre.

La liberté de créer.

La liberté d’échouer.

La liberté de recommencer.

La liberté de posséder.

La liberté de transmettre.

La liberté d’être responsable.


Nous avons oublié que la liberté n’est pas un confort. C’est une conquête permanente. Elle est inconfortable. Elle est risquée. Mais elle est la seule chose qui fasse encore naître quelque chose de grand.


Le libéralisme n’est pas une technique économique. C’est une vision de l’homme. Il dit : tu peux. Il ne promet pas que tu réussiras. Il te donne l’espace pour essayer.


Et c’est précisément ce que nous avons étouffé.


Nous n’avons pas besoin de plus d’État.

Nous n’avons pas besoin de plus de normes.

Nous n’avons pas besoin de plus de redistribution.


Nous avons besoin d’air.


Nous avons besoin d’espace.


Nous avons besoin de liberté.


Je ne sais pas si l’Europe saura se réinventer.

Je ne sais pas si la France aura ce courage.

Je sais seulement ceci : sans ce rêve, il n’y aura rien.


Nous sommes à la fin d’un cycle.

Mais toute fin peut être un commencement.


Et ce commencement porte un nom ancien, presque oublié.


La liberté.

 
 
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