Milei ou la vérité qui dérange : le libéralisme ne peut plus gagner à notre époque sans populisme
- C.F.
- 23 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 janv.
Il faut commencer par dire une chose que beaucoup préfèrent éviter : il n’y a presque plus de libéraux, même (et surtout) dans les démocraties occidentales. Le libéralisme y est partout dans les discours, mais quasiment nulle part dans les faits. On invoque la liberté pour justifier l’ordre existant, jamais pour le remettre en cause. On se dit libéral tout en acceptant des États toujours plus tentaculaires, des normes toujours plus nombreuses, une dépendance croissante organisée au nom du bien.
Le libéralisme est devenu un vernis. Un héritage rhétorique. Une posture confortable.
Mais plus une force politique vivante.
Et pourtant, sur le fond, il n’y a pas débat sérieux : le libéralisme est la seule philosophie politique qui fonctionne réellement. Là où il est appliqué, il crée de la richesse, de l’innovation, de la liberté concrète. Il traite les individus comme des adultes capables de choix, d’erreurs et de responsabilités. Il corrige ses échecs mieux que tous les autres systèmes. Il ne promet pas le paradis, mais il évite l’enfer.
Alors pourquoi perd-il (presque) toujours politiquement ?
Parce qu’il est 100 % raison dans un monde politique qui fonctionne 100 % à l’émotion.
Le socialisme, lui, l’a compris depuis longtemps. Il est nativement populiste. Il sait que ses promesses ne tiennent pas économiquement, mais il sait aussi que ce n’est pas le sujet. Il parle de justice quand il crée de la dépendance. Il parle de protection quand il organise la tutelle. Il parle d’égalité quand il fabrique des rentes. Peu importe que le raisonnement soit fragile ou faux : il flatte, il rassure, il désigne des coupables. Et ça marche.
Le libéralisme, à l’inverse, a cru qu’avoir raison suffisait. Il a cru que les faits finiraient par convaincre. Il a cru que la pédagogie remplacerait le conflit. Il a cru que la modération était une vertu politique. Résultat : il a laissé le pouvoir à ceux qui savent parler aux émotions, pendant qu’il se félicitait d’avoir de bons arguments.
C’est là que le cas de Javier Milei est un électrochoc.
Milei n’a pas gagné parce qu’il aurait “adouci” le libéralisme. Il a gagné parce qu’il l’a radicalisé dans sa forme, tout en restant libéral sur le fond. Il n’a pas cherché à convaincre que le libéralisme était rationnel; il est parti du principe que c’était déjà acquis et politiquement inutile. Il a compris que le vrai combat n’était pas intellectuel, mais moral.
Il n’a pas parlé d’inefficacité de l’État. Il a parlé de spoliation.
Il n’a pas parlé de déficit. Il a parlé de vol.
Il n’a pas parlé de réformes. Il a parlé de libération.
C’est du populisme, évidemment. Mais c’est précisément pour cela que ça a fonctionné.
Milei a fait ce que les libéraux occidentaux refusent obstinément de faire : assumer le conflit. Assumer que l’État n’est pas un arbitre neutre, mais souvent un système qui vit de la contrainte. Assumer que la dépendance n’est pas une protection, mais une humiliation organisée. Assumer que la liberté n’est pas un concept abstrait, mais une urgence existentielle pour des individus épuisés d’être administrés.
Les libéraux “respectables” s’en offusquent. Ils parlent de vulgarité, d’excès, de danger. Mais la vraie question est ailleurs : préférer avoir raison sans jamais gouverner, ou gouverner pour rendre la liberté possible ?
En politique, la fin compte. Et si la liberté est réellement préférable (moralement, économiquement, humainement) alors refuser de la défendre efficacement devient presque une faute. Laisser le pouvoir à des idéologies fondées sur l’illusion et l’émotion sous prétexte de pureté intellectuelle, c’est une posture confortable, pas une position responsable.
Il faut donc dire les choses clairement : le libéralisme ne gagnera jamais sans populisme. Pas le populisme du mensonge ou de la haine, mais un populisme sain, fondé sur une vérité simple et vécue : l’individu est écrasé par des systèmes qui prétendent savoir mieux que lui comment il doit vivre. Cette vérité, quand elle est dite clairement, brutalement, sans jargon, touche juste.
Le choix n’est pas entre libéralisme et populisme.
Le choix est entre un populisme collectiviste qui promet la sécurité au prix de la liberté, et un populisme libéral qui promet la liberté au prix de la responsabilité.
Milei a montré une voie que beaucoup de libéraux préfèrent ne pas regarder. Pourtant, le message est clair : la raison seule ne gagne pas le pouvoir. Et sans le pouvoir, la liberté reste une belle idée condamnée à commenter sa propre défaite.
