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Partie VI : Un projet entrepreneurial radical inspiré de La Grève et de Hayek

  • C.F.
  • 22 nov.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Il existe un moment dans la vie d’un pays où l’on ne peut plus se contenter de demi-mesures. Tout a été tenté, tout a échoué, et pourtant rien ne change car rien n’oblige réellement le pays à changer. La France vit précisément dans cette parenthèse où l’on repousse indéfiniment la rencontre avec le réel, où la dette remplace le courage, où la monnaie remplace l’effort, où les promesses tiennent lieu de politique. Face à un tel immobilisme, une question surgit avec une force inédite : quelle idée serait suffisamment radicale pour faire bouger ce pays qui refuse obstinément de regarder la vérité en face ?


J’ai d’abord exploré intellectuellement la possibilité d’une rupture venue de l’extérieur, un électrochoc imposé par le monde plutôt qu’attendu des Français. L’idée était simple : appeler les investisseurs internationaux à cesser d’acheter la dette française. Refuser collectivement de financer un État qui vit désormais plus de l’emprunt que de l’impôt. Si demain les adjudications étaient désertées, si les taux s’envolaient, si le marché jugeait enfin la France selon ses actes plutôt que selon ses illusions, le pays serait contraint à une cure de réalité. Ce serait brutal, efficace, immédiat. La sanction de marché remplacerait la lâcheté politique.


Mais cette idée se brisait sur un mur bien connu : l’euro. Depuis que la France a abandonné sa souveraineté monétaire, elle vit sous la protection d’une banque centrale qui s’est donné pour mission d’éviter la sanction naturelle des marchés. Tant que la BCE peut absorber les obligations françaises, tant que l’Allemagne sert de caution implicite, la France est anesthésiée. Elle vit dans une zone où le risque n’existe plus vraiment. On peut appeler la planète entière à boycotter nos obligations, le bras monétaire de Francfort suffira à rendre l’appel inoffensif. C’est cela, la faiblesse tragique de l’Union monétaire : elle protège les États de leurs propres erreurs et les condamne à les répéter.


Je me suis alors tourné vers une autre piste, plus intérieure, plus morale, inspirée de l’un des romans les plus prophétiques du XXᵉ siècle. Il existe dans La Grève d’Ayn Rand une idée aussi simple que fulgurante : quand un système punit systématiquement ceux qui créent de la valeur, la seule réponse rationnelle consiste à retirer cette valeur. Dans le roman, les entrepreneurs, ingénieurs, inventeurs, artistes et esprits libres se mettent en retrait. La société qui profite d’eux tout en les méprisant découvre alors qu’elle ne tient que grâce à eux. En lisant Rand aujourd’hui, on a l’impression que la France est devenue une version molle mais authentique du monde qu’elle décrivait. Une minorité crée la richesse, la majorité la consomme, et l’État administre le transfert comme si la productivité était un phénomène naturel et permanent.


Je me suis donc interrogé, à titre strictement conceptuel, sur ce que pourrait être une forme française de cette grève silencieuse : la grève fiscale. Les chiffres sont implacables. Moins de dix pour cent des ménages paient la quasi-totalité de l’impôt sur le revenu. Une poignée de grandes entreprises portent l’impôt sur les sociétés. Une infime minorité d’entrepreneurs fait tourner l’économie réelle. Si cette élite décidait de réduire son revenu taxable, d’optimiser légitimement, d’investir ailleurs, de déplacer son capital, de ne plus alimenter la machine, l’État serait privé d’une partie substantielle de son oxygène. Ce serait une révolution sans slogans, sans violence, sans manif, une révolution purement rationnelle. Une grève des producteurs, au sens randien du terme.


Mais cette stratégie souffrait d’un défaut majeur : elle dépendait des Français eux-mêmes. Or rien n’est plus étranger à l’esprit français contemporain que l’idée d’une discipline individuelle, d’une responsabilité solitaire, d’un retrait organisé. La France sait faire grève contre le travail, pas contre l’État. Elle sait bloquer les routes, pas sa propre servitude. On pouvait donc difficilement compter sur une masse critique d’individus pour déclencher ce mouvement. Il fallait une idée radicale qui ne dépende ni des masses, ni de la BCE, ni des politiciens, ni des mouvements sociaux. Une idée asymétrique. Une idée entrepreneuriale.


C’est alors qu’une autre piste est apparue, en changeant totalement de perspective. Si l’État français échappe à la discipline des marchés, ce n’est pas parce qu’il est fort, mais parce que le système bancaire crée la monnaie qui le finance. Par la magie de la réserve fractionnaire, les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas, créent la monnaie que l’État dépense, achètent la dette publique que personne ne voudrait acheter. Elles sont la véritable centrale nucléaire du système fiat. Si les marchés ne peuvent discipliner l’État, c’est parce que les banques jouent le rôle de relais obligataire et de multiplicateur monétaire.


À partir de ce constat, une piste de réflexion est apparue : une banque qui refuserait la réserve fractionnaire. Une banque qui ne prête que ce qu’elle détient réellement. Une banque qui ne crée pas de monnaie et qui refuse d’alimenter la dette publique. Mais là encore, le carcan européen enferme toute innovation bancaire dans un réseau d’obligations prudentielles et de dépendance institutionnelle. Une banque reste une banque, c’est-à-dire une créature de la BCE.


Il fallait donc revenir à la racine de la pensée monétaire libérale moderne. Et c’est là que Friedrich Hayek est revenu dans le jeu. Dans Denationalisation of Money, Hayek décrit une idée presque oubliée : l’entrepôt monétaire. Non pas une banque, mais un simple coffre institutionnel. Un lieu où l’on dépose sa monnaie sans qu’elle soit prêtée, transformée, multipliée ou investie. Une institution à 100 % réserves, qui ne crée aucune monnaie et ne participe à aucun marché interbancaire. Hayek voyait dans cette séparation radicale entre dépôt et crédit la condition première du retour à une monnaie honnête et à un État discipliné.


En observant la France d’aujourd’hui, l’idée de Hayek prend une dimension presque révolutionnaire. Un entrepôt monétaire moderne, parfaitement légal et techniquement réalisable, permettrait aux citoyens de sortir leur épargne du système bancaire sans quitter l’euro. Chaque euro placé dans un tel coffre serait un euro de moins que les banques pourraient utiliser pour acheter de la dette publique ou créer du crédit artificiel. Ce serait un assèchement lent mais inexorable de la capacité de l’État à vivre au-dessus de ses moyens. C’est une révolution invisible. Une révolution silencieuse. Une révolution honnête.


L’idée la plus radicale pour sauver la France n’est donc ni politique ni militante. Ce n’est pas un mouvement de foule. Ce n’est pas une élection. Ce n’est pas un référendum. Ce n’est pas un parti. C’est un acte entrepreneurial inspiré par Rand et éclairé par Hayek : créer un entrepôt monétaire à 100 % réserves, indépendant du système bancaire, indépendant de la BCE, indépendant de la dette publique, et non complice de l’hypnose inflationniste. Une institution qui propose enfin une monnaie qui ne ment pas. Une monnaie qui ne multiplie pas l’illusion. Une monnaie qui ne subventionne pas la fuite en avant.


Voilà l’idée vraiment radicale. Non pas renverser l’État, mais lui retirer la ressource qui lui permet d’éviter la réalité. Non pas détruire le système, mais lui offrir un miroir dans lequel il refuse de se regarder. Non pas espérer la vertu politique, mais redonner à la monnaie la neutralité morale qu’elle aurait toujours dû avoir.


La France ne changera pas parce qu’on la supplie de changer. Elle changera parce qu’on lui retirera l’essentiel de ce qui lui permet de se mentir. Et paradoxalement, la révolution la plus profonde pourrait bien venir d’un objet d’une simplicité désarmante : un coffre dans lequel les Français choisiront de déposer leur argent, pour le protéger non pas de la crise, mais du système lui-même.


Ne manquerait alors qu’une seule chose : trouver le libéral assez fou pour lui donner vie !


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